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Christina Kubisch | 8.2.2019 - 12.5.2019

Avec ses espaces sonores et lumineux de la célèbre artiste Christina Kubisch (*1948 à Brême), la Stadtgalerie présente une pionnière de l'art sonore qui faisait déjà sensation dans les années 70 avec ses expériences sonores électroniques. L'exposition de Sarrebruck combine des œuvres d'induction, dans lesquelles la participation du public joue un rôle important, avec des installations récentes de câbles, des sculptures sonores et des espaces lumineux. Kubisch ouvre ainsi un monde exposé à la numérisation et au changement sans cesse croissants de nos formes de communication et de vie, et rend audible ce qui, autrement, reste caché à la perception humaine.

Electrical Moods

Christina Kubisch, aus der Serie analyzing silence, hocharabisch, Sonagramm, (c) Christina Kubisch

Christina Kubisch, aus der Serie analyzing silence, hocharabisch, Sonagramm, (c) Christina Kubisch

Une porte grinçante qui se referme avec un bruit sourd. Puis une multitude de grincements qui s´entremêlent - des grincements de charnières pimpants et entrelacés, un vrombissement lugubre, un cliquetis, qui se transforme crescendo en ronflement de motocyclette, pour passer à la composition musicale d'un accordéon. Ou alors une salle où résonnent des chants d´oiseaux, des bruits de la forêt- cancaner, chanter, gazouiller, pépier, siffler- sons d´apparences naturels, mais tellement parsemés de tonalités électroniques que tôt ou tard, nous réalisons que ce spectre sonore pourrait être produit par voie électroacoustique.

C'est l'univers de l'artiste Christina Kubisch, spécialisée dans l´art sonore (né à Brême en 1948), qui a déjà expérimenté l'induction électromagnétique à la fin des années 70 et développé un système pour ses installations sonores utilisant des amplificateurs téléphoniques, dans lequel la participation des visiteurs joue un rôle décisif. Déjà ces premiers travaux étaient basés sur l'idée de rendre audibles des éléments qui échappent à notre perception naturelle. Pour ce faire, Kubisch crée des espaces dans lesquels le public peut se déplacer librement avec des cubes auditifs sans fil afin de percevoir sa propre version des spectres sonores activés par les installations de câbles. Chacun crée et entend sa propre composition. L'artiste a voulu porter une nouvelle attention aux sons naturels que l'on ne perçoit consciemment que lorsqu'ils apparaissent étranges, comme dans "Vogelbaum" (1987), que Kubisch a présentés dès 1996 lors de sa première exposition à la Stadtgalerie à Sarrebruck.

Un autre thème central dans son travail est le silence. Le but de l'artiste est de rendre perceptibles des sons et des tonalités subtiles dans un environnement vierge et également d'initier une réflexion intellectuelle sur l'idée du silence, comme dans les sonagrammes de "Analyzing Silence". Une série d'œuvres fera l'objet d'une attention particulière dans notre exposition, il s´agit d´« Electrical Walks » (Marches électriques) - des promenades urbaines au cours desquelles nous faisons la découverte de sons issus de champs électromagnétiques, omniprésents dans l'espace urbain et qui sont devenus une partie indispensable de notre monde. Depuis 2003, l'artiste a développé plusieurs nouvelles « Electrical Walks »  dans le monde entier, suite aux changements, tels que l'augmentation de la numérisation et de l'électrification. Nous rencontrons une large variété de bruits électroacoustiques que Kubisch met à notre disposition via des écouteurs sans fil très sensibles : smartphones, barrières lumineuses, réseaux Wifi, tramways, ATM, caméras de surveillance, caissons lumineux publicitaires, antennes, câbles et boîtes électriques. En tant que réseau invisible et de ce fait inaudible, ils se répandent dans les villes, chaque endroit ayant son propre profil acoustique. Dans sa nouvelle installation "Electrical Cities", Kubisch rend vivante pour les visiteurs cette « promenade électrique » au sein de la ville.

L'évolution ces dix dernières années de ce monde électronique parallèle, et ses conséquences pour l´Homme et l'état de la planète, se révèle par la longue période pendant laquelle l'artiste a développé ses "Marches électriques". Ce sont les nouvelles technologies, les écrans publicitaires lumineux aux dimensions gigantesques ainsi que les écrans LED qui entraînent de profonds changements, en particulier dans les mégalopoles asiatiques. La dernière documentation de Kubisch sur "Electrical Walks " à Bangkok mettra également en lumière ces tendances actuelles dans notre exposition.

Depuis 2011, l'artiste transfère également ces sons, qu'elle redécouvre sans cesse lors de ses promenades en ville, dans l'espace d'exposition en reliant des "nuages" de câbles colorés pour former des nœuds, ou en créant des dessins dans l'espace à partir de câbles suspendus, à travers lesquels le public peut circuler. Ils sont également basés sur le principe de l'induction magnétique, selon lequel Kubisch mélange des sons, déjà introduits, avec des séquences amplifiées par des champs de courant aléatoires dans la pièce. Ces espaces sonores sont constitués de sons et de bruits semblables à des phénomènes naturels sans pour autant les imiter. Pour l'artiste, l´agencement esthétique de séquences sonores aves les éléments techniques qui la composent (câbles, installations de lumière UV) en une œuvre totale et poétique est aussi fondamental. Dans certains cas, Kubisch utilise des sonorités oubliées ou perdues, comme le grincement d'anciennes portes de monastères ou les bruits émis par les cloches de puits de mine.  Ils seront également entendus à la Stadtgalerie, de même que la mise en scène de l'espace lumineux „Stillleben, Landschaften und Porträts – neunzehn Bilder für einen Raum“ ("Nature morte, paysages et portraits - dix-neuf tableaux pour une pièce") de la collection du Saarlandmuseum. "Pour Christina Kubisch, les sons sont la clé de l'ouverture des sens, de la découverte d'un monde dans le monde et du développement de sa propre sensibilité - peut-être en vue de ses propres nouvelles applications dans le futur travail d'écoute. (Antje von Graevenitz).

Le 27 avril, la Stadtgalerie présentera un moment fort avec le spectacle audiovisuel « Spectral Cities », dans lequel Christina Kubisch sera vue comme musicienne et interprète (avec Peter Kutin & Florian Kindlinger). Un autre temps fort de cette exposition sera présenté par Kubisch lors du vernissage le 12 mai avec sa conférence „Magnetic Attacks – 40 Jahre elektromagnetische Untersuchungen“ ("Attaques magnétiques - 40 ans d'investigations électromagnétiques"). Elle présentera ensuite sa composition "Undercurrents 2018", soutenue par la batteuse Katharina Ernst.